Projet « sciences citoyennes » au CNRS

Comment comprendre ce projet ?

Lire une  introduction aux évênements 2013 

De nombreuses questions préoccupantes se posent. Celles que nous énumérons ci-dessous sont le fruit d’une réflexion collective. Elles touchent donc à des domaines divers qui vont de la recherche en laboratoire à la culture scientifique, en passant par la politique. Cette tribune est ouverte à tous.

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A – Du bien-fondé des sciences dites « citoyennes » au CNRS

Question n° 1 – Evoquer des « sciences citoyennes », est-ce bien innocent ? En effet, le nom lui-même, « sciences citoyennes », est celui d’une association (Fondation Sciences citoyennes) porteuse d’un agenda particulier.

Question n° 2 – Si l’on prend le qualificatif « sciences citoyennes » à la lettre, se pose la question suivante : les citoyens doivent-ils avoir un regard sur les options de recherche ?

Ce qui amène plusieurs autres questions :

– Quels citoyens ? Ceux qui sont organisés dans des associations ou des ONG (avec des agendas particuliers qui vont du plus respectable au plus douteux) ? ou bien le citoyen qui n’y connait rien et qui demandera des connaissances supplémentaires avant de s’engager ? Ou qui refusera de s’engager car il sera conscient de la difficulté d’acquérir des savoirs scientifiques hautement spécialisés ?

– Quelle portée donner aux avis citoyens ? S’agit-il de préoccupations ou enthousiasmes qu’il faut faire remonter aux décideurs ? S’agit-il d’une prise de pouvoir par les associations sur les options de recherche ? Ou bien pense-t-on sérieusement que dans des domaines à très haute technicité, il serait possible d’avoir une « co-production » des connaissances ?

– On peut évidemment se limiter à de la science empirique (dans la mesure où elle peut être participative ), peu qualifiée en technologie expérimentale ou en concepts abstraits ou encore en formalisation mathématique. Mais, dans ce cas, ne serait-il pas démagogique de prétendre qu’il s’agit de science ?

Question n°3 – N’y a-t-il pas danger d’intrusion dans la construction même des projets de recherche, d’interférence idéologique avec la méthode scientifique ?

–          N’y a-t-il pas danger dans l’intrusion en recherche de la « société civile organisée » ?

–          La première légitimité politique n’appartient-elle pas aux institutions de la démocratie représentative ? Quelle légitimité politique pour les organisations de la « société civile » ? Ne va-t-on pas ainsi privilégier des organisations, qui agissent au profit de militants ? avec quels recours ? et quels modes de contrôle et d’évaluation ?

Question n° 4 –  La science (dont les enjeux sont universels et par définition non-locaux) a-t-elle pour vocation de servir de lieu d’expérimentation de ce débat entre démocratie représentative (celle des élus) et démocratie participative (celle des organisations de la société civile) ?

–          N’y aurait-il pas confusion entre « démocratie participative » et « démocratie locale », où la légitimité de l’intervention des citoyens vient du fait qu’ils sont concernés dans leur vie de tous les jours (par la construction d’une route ou l’aménagement d’un territoire) ?

Question n° 5 – Marc Lipinski : qui est-il et que dit-il ?

– Personnalité politique (élu région, EELV) – La déontologie du CNRS peut-elle l’autoriser à confier une mission politique (sciences et citoyenneté) à l’élu d’un parti donné ?

– Expérience passée de son action d’élu en Ile-de-France :

Dans le cadre des PICRI, financement d’associations proches de l’écologie politique (par exemple le Criigen, porteur avec d’autres de la recherche de Séralini qui a été réfutée très largement par le monde scientifique non politisé).

Question n° 6 – Peut-on, doit-on, sans faire un procès d’intention, envisager qu’il existe un «motif à suspicion légitime d’un agenda caché »?

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B – Orientations données par les politiques et écoute des citoyens

Question n° 7 – A propos d’une citation de Marc Lipinski : « un financement public implique d’accepter des orientations générales de la part des responsables politiques  et d’avoir une écoute à l’égard des demandes sociales« .

Ceci ne revient-il pas à énoncer une évidence ? Mais comment trier entre les demandes sociales ?  Celles-ci sont diverses, les valeurs sociétales qui s’expriment sont parfois contradictoires, parfois elles évoluent dans des directions imprévues. Le travail de la science a-t-il pour vocation de se raccorder sur les mouvements de la société, aussi légitimes que soient ces derniers ?

Quel rôle reste-t-il aux autorités politiques légitimes ? L’ANR, qui est devenue décisive dans le financement et l’orientation des recherches, n’est pas sous le contrôle des chercheurs, mais de la puissance publique qui crée des programmes ciblés, arbitre les budgets globaux et oriente ensuite les décisions.

Question n°8 – Faut-il éduquer le peuple ? Citation de M. Lipinski : « Il est loin le temps où l’on pouvait considérer qu’il fallait éduquer « un peuple ignorant » « .

Mais ne sommes-nous pas tous « ignorants » ? Y a-t-il donc une honte à admettre son ignorance ? N’est-ce pas un privilège et une valeur en soi de passer du stade de l’ignorance à celui d’une connaissance, même approximative ? Est-ce plus ou moins insultant d’être ignorant en sciences de la nature ou d’être ignorant en architecture médiévale ?

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C – Soutenir un vrai dialogue chercheurs – société 

Question n° 9 – Où est donc passée la culture scientifique ?

–          La recherche de connaissance – dans nos sociétés développées – n’est donc plus une valeur en soi ?

–          L’explication de la science aux citoyens, la prise de conscience de sa réalité, de ses enjeux, de sa difficulté, de ses joies ou de ses émerveillements, de son efficacité, doivent-ils tous être occultés au profit d’un échange d’opinions ?

Question n° 10 – Pourquoi ne pas commencer par soutenir encore plus et encore mieux les nombreuses actions de culture scientifique déjà en cours ?

–          Pourquoi ne pas étoffer ce qui existe ? Faut-il nécessairement niveler les compétences et  cliver le débat ? Doit-on remplacer l’échange rationnel par la controverse chargée d’affects, de peurs ou d’ignorances ?

Depuis plusieurs années la vulgarisation scientifique figure explicitement parmi les critères d’évaluation des chercheurs et des laboratoires (AERES). L’ANR et les contrats européens prévoient en outre la possibilité de lignes budgétaires par projets à utiliser en vulgarisation. Les technologies modernes de communication permettent de repenser la vulgarisation.
Des outils formidables et peu onéreux, qui ont fait leurs preuves, sont en train d’être sacrifiés: les CIES (dont les projets obligatoires de vulgarisation) et les Cafés Sciences et Citoyens.

–          N’y a-t-il pas ici un danger qu’une nouvelle initiative, en l’occurrence un projet critiquable de « science citoyenne » (qui fait semblant d’ignorer ce qui existe déjà et qui répond en partie aux objectifs annoncés du projet présenté), vienne priver les initiatives éprouvées du soutien financier qui risque de leur manquer de plus en plus dans un contexte budgétaire difficile ?

–          Autre danger avéré : l’expérience montre que les idées sous-jacentes à ce projet conduisent à une démarche hégémonique (par exemple la nouvelle Alliance Science-Société, idéologiquement proche des thèses de Marc Lipinski, a exclu d’emblée tous les acteurs « traditionnels » de la culture scientifique (tels que Universcience, muséums d’histoire naturelle, etc.).

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D – Eviter de créer de la confusion

Question n°11Que risque-t-on de voir arriver, dans la sphère de la recherche publique, avec les bagages de l’organisation et de la supervision des chercheurs par des citoyens militants?

-des pseudosciences et pseudo-médecines, avec l’ambition de prouver la validité des médecines naturelles variées, cures anti-cancer, homéopathie, naturopathie, fleurs de Bach, huiles essentielles, kinésiologie, hamérisme, etc. ?
-des alterscientifiques ambitieux et prêts à tout pour se faire connaître ? (voir Le livre d’Alexandre Moatti, Alterscience. Postures, dogmes, idéologies (Odile Jacob, 2013) ;

– des « sciences » parallèles qui visent à remplacer les scientifiques, notamment pour l’évaluation des risques, par des « experts » médiatisés, porteurs ou sympathisants d’un projet politique ?

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